balade dessinée

LE DIABLE AMOUREUX et autres films jamais tournés par Méliès.
12 avril, 2010, 19:13
Classé dans : critiques

 

LE DIABLE AMOUREUX et autres films jamais tournés par Méliès. dans critiques diablekt

Ah le beau livre que voilà ! En 7 récits , tous plus loufoques les uns que les autres, Duchazeau , au dessin , et Velhmann, au scénario, nous offrent une bande dessinée décalée, délirante, magique à souhait, à l’image de Méliès qui officia un temps comme illusionniste et auquel ils rendent hommage à travers ce volume.

Au vrai, il s’agit moins de faire œuvre d’historien – même si on croise Joséphine Baker, Harry Houdini, ou sillonne l’exposition universelle de 1900 - que de se placer sous les mânes du cinéaste précurseur. Un hommage, donc, et une ambiance, un peu ‘’ foraine ‘’ ,  poétique et fantastique.

mlis1 dans critiques

Du cinéma de la belle époque,  le récit s’inspire par un graphisme dépouillé, d’un beau noir et blanc ,  aux traits vifs, extrêmement inventif , dans un style qui balance entre Blutch et Pellos et jamais ne répète les mêmes recettes, jouant sur les contrastes, les aplats, les rayures nerveuses, les techniques. Les dessins de Duchazeau sont un régal pour les yeux

mlies2

 Le scénario de Velhmann fait preuve, de même,  de beaucoup d’imagination,   entre humour ( noir,  ça va de soi )et tendresse.  Jacques Prévert – qui aida à la redécouverte de son cinéma –  rencontre Méliès à la terrasse d’un café et de leurs conversations naissent 7 histoires ‘’ jamais tournées ‘’.

On verra ainsi, au choix, un trapéziste malheureux enquêter sur la défunte Ginette, madame Méliès consulter un oracle pour communiquer avec une ombre distinguée sur la lune ou  un diable briseur de cœur … Le scénario est  plein de rebondissements et j’ai particulièrement apprécié les chutes finales de ces récits, parfois caustiques. 

Bref, une bande dessinée qui, tout en rendant hommage au merveilleux,  y ajoute sa propre pierre.   

mlis3



La estancia ( la chambre )
18 octobre, 2009, 19:59
Classé dans : critiques

La estancia ( la chambre ) dans critiques lachambrecouvn

Dans le cocon d’une chambre claire, un homme et une femme s’observent, s’enlacent, et s‘embrassent. En 87 dessins , Lorenzo Mattotti nous entraine dans la chaleur de ces êtres amoureux où le corps lascif dit mieux que les mots.

 

Carnet de croquis, la estancia – la ‘’ chambre ‘’ – est une variation subtile autour de ce sujet unique, l’amour d’un couple. Mattotti dessine le bonheur simple d’être ensemble et de n’attendre rien d’autre que la répétition infini de ce moment : le temps des étreintes comme temps suspendu.

mattoti3 dans critiques

 

mattoti5

Le thème se décline à mesure par des décalages de situations, de compositions, d’angles ou de matières. On ne se lasse pas de feuilleter ce petit livre au trait simple, revenu au source du crayon de bois ou de la pierre noire, mais qui affirme un regard et une approche si sensible et tellement originale. Lorenzo Mattotti, qui excelle dans l’art de varier les expériences graphiques, souvent exubérantes de couleurs ou faites, au contraire, de contrastes vifs entre le noir et le blanc, nous offre ici une œuvre apaisée.

La forme du carnet – reproduisant à l’identique celle de l’auteur- nous plonge dans le laboratoire créatif de ce génial italien. Les premiers croquis ont des compositions hésitantes puis, peu à peu , une ambiance s’installe. En le refermant, on aura pénétré deux intimités, celle du créateur, et celle de ces amoureux . On ne saura rien d’eux, rien de ce qu’ils se sont dits, ou promis, mais la fin du carnet  -  avec deux dessins décalés – est peut être, aussi, la fin de leur histoire.

mattoti7



AMERICAN ELF de James Kochalka
6 septembre, 2009, 12:28
Classé dans : critiques

 

AMERICAN ELF de James Kochalka dans critiques american-elf-french-version-ego-comme-x-145x150

 

Le lecteur courageux qui aura terminé le pavé de 488 pages publié aux éditions Ego comme X éprouvera peut – être, comme moi, un sentiment confus mêlé d’agacements, d’amusements, d’enthousiasmes, de rires, d’ennuis … impressions multiples, à l’image d’un livre étonnant, reflet kaleidoscopique d’une vie, qu’on ne peut ni aimer ni rejeter d’un bloc.

Il faut reconnaître à James Kochalka le mérite d’avoir mené un exercice singulier et assez exceptionnel, à mon sens unique en Bd. L’auteur, un américain du Vermont, musicien à ses heures ( il a six cd à son actif , youtube a quelques vidéos) est tombé très tôt dans la marmite  » comics  ». Son père était l’éditeur américain de Tintin . Dans  » American Elf  » Il décide de se raconter, se représentant sous les traits d’un être imaginaire. Le journal n’est que l’aspect le plus connu de cet auteur à la production impressionnante.

introbk dans critiques

Le pari est osé : un strip par jour depuis octobre 1998 ( le volume s’achève en 2003 ) , rythme auquel il n’a guère sacrifié que quelques semaines en 2000. L’entreprise l’épuise, il doute, puis se reprend. Son journal d’un elfe est – comme la vie ! – inégal . Parfois l’auteur a de bonnes idées, parfois il n’a rien à se mettre sous la plume. De son ennui ou de son manque il peut tirer un strip cocasse, ou tomber à plat … peut – on lui en faire le reproche car c’est tout autant la démarche que le propos qui intéresse ici.

 

 

k3

 

Il faut prendre le livre comme un tout où « pris individuellement, chacun de mes strips ne signifie presque rien, mais ensemble, ils gagnent en puissance. ». On peut choisir de le lire en continu ou de s’y balader en picorant. La formule retenue autorise une liberté totale de lecture.

On pense à Trondheim – qu’il a rencontré – alignant des kilomètres de planches pour apprendre à dessiner. Il en va de même de Kochalka qui peaufine, jour après jour, son trait. Pour être honnête, il n’a pas un graphisme éblouissant, même s’il manie assez bien les contrastes entre les noirs et les blancs . L’intérêt du livre est ailleurs : saisir la totalité d’une vie, en alternant scène réaliste et  »magique  » ou le chien, par exemple, se met à parler.Au final, malgré ses faiblesses, l’ensemble est réussi. Peu à peu on s’attache à ce grand enfant, à sa femme, à leur chien, leur chat , leurs amis, leur bébé qui nait . Sa réussite ? Faire d’un  » rien  » une somme et nous parler , sous couvert du quotidien, de nous : rien de moins …

k2

 

 

L’entreprise s’est achevé le 31 décembre 2012. On trouvera le dernier strip sur  son site internet. Il a vieilli, est père de  deux enfants. La couleur y a fait son apparition. Sa bd évolue et reflète le mouvement de la vie. En le terminant on a autant le sentiment d’avoir lu une bd que de vivre une expérience. Pour autant, sa lecture marque , pour moi, la fin d’un cycle. En épuisant le thème de l » ego  » jusqu’à la lie Kochalka sonne un peu le glas d’un genre en le sublimant tout en l’épuisant. Après lui , pourra – t – on encore aller plus loin ? En achevant son bouquin je me suis plongé dans un bon vieux Murena, et si je sais que j’aimerai toujours les romans graphiques ( il m’en reste quelques uns dans ma bibliothèque à découvrir ) je pense aussi que je vais, maintenant, ouvrir plus en grand les écoutilles.

k5



40 days dans le désert B de Moebius
19 août, 2009, 23:05
Classé dans : critiques

40 DAYS DANS LE DESERT B de Jean Giraud / Moebius.

40 days dans le désert B de Moebius dans critiques moebius

     Un Format à l’italienne, assez inhabituel , un espace improbable ( le désert B ), une énonciation franco-anglaise pour une temporalité singulière, presque christique ( 40 days … ) et une ( quasi ) absence de textes : L’ovni (re)publié aux éditions Stardust ouvre d’emblée sur un univers profondément original, déconcertant, unique. Bref, un livre de Moebius.

moebius3.jpg

           S’agit –il encore de Bande dessinée ? On y chercherait en vain un récit où l’on suivrait de manière linéaire le déroulement d’une intrigue jusqu’à la chute finale. Le livre ressortirait plutôt du genre du carnet – qu’il revendique – ou du tableau , sorte de déclinaison multiple sur un thème de départ . On y trouvera cependant la récurrence d’un personnage – un archer, sorte de yogi ( ? ) – d’objets, de lieux, et les planches finales suggèrent qu’on a bien eu affaire à une  » histoire  » … mais dont le lecteur n’aura pas les clefs, ou toutes les clefs. Reste , pour lui , à s’abandonner à l’imaginaire, seul vrai sujet de ce grand livre.

moebius4.jpg

     Car pour peu que l’on renonce à toute idée de compréhension – au vrai un peu vaine – demeure la jouissance de s’immerger dans un  » livre monde  » , un univers en soi où les repères connus disparaissent pour ne plus retenir que la justesse d’un trait à nul autre pareil – sans crayonné ! – où chaque image est à contempler, à admirer, où s’exprime un sens hors pair de la composition et une imagination fertile, extra-ordinaire au sens propre du terme. Un livre où l’on nous perd à dessein.

     Le personnage du Yogi ( l’auteur lui-même ? ) incarne les possibilités infinies de l’imaginaire et il n’est peut être pas abusif de voir dans  » 40 days dans le désert B  » comme un éloge du dessin, seul capable par sa puissance d’évocation de nous emmener loin, très loin … au – delà, dans un monde à soi, libérée de toute entrave formelle. C’est un plaisir rare que d’y pénétrer.

moebius5.jpg



The autobiography of me too.
5 août, 2009, 16:48
Classé dans : critiques

     Une fois n’est pas coutume :  laissons la parole a Monsieur Mitchul, boulimique de sons et d’images, qui a entrepris dans son blog une radiographie de ses passions et, par là, de lui même. Un bon exemple , ici, avec sa critique de l’autobiographie imaginaire de Bouzard , rigoureuse et bien amenée et sur laquelle je n’ai rien à ajouter. Merci Mitchul  et à toi la plume :

«   The autobiography of me too de Bouzard. Les requins marteaux . 2004 /08

 

bouzard.jpg

J’ai découvert Bouzard dans les pages de Fluide Glacial avec son Club des quatre et dans Ferraille Illustrée, où il exprime déjà sa passion du football avec les aventures du FC Ferraille. Il est également scénariste pour Besseron (Claude et Jérémy) et s’est fait connaître dans les pages de Jade avec son super héros abruti Plageman. Bouzard a su renouveler le genre autobiographique en y injectant une bonne dose d’absurde, d’autodérision, et malgré tout un peu de vérité… Il est devenu son propre héros de BD !

  expobouzard.jpg

Proche dans l’esprit du Retour à la Terre de Larcenet et Ferri (mais en moins sentimental), Bouzard nous raconte sa vie de trentenaire installé à la campagne avec son amie, son chien stupide (qui parle et s’habille comme tout le monde), ses potes d’apéro, le patron du bar, les nouveaux X-Men, Dieu ou Lemmy de Motorhead… Des situations banales qui tombent à chaque fois dans le délire, le grand n’importe quoi. C’est génialement con ! Bouzard est un fan de Punk Hardcore (qui craint le « Jazz mou ») et ça se ressent…

Dans cette série excelle toute la virtuosité et la vivacité de son trait. Le fait de s’imposer une structure en gaufrier l’oblige à faire preuve d’une inventivité constante. C’est de cette contrainte que son style humoristique, expressionniste et « underground » prend toute son ampleur et sa démesure. Avec de belles couvertures collorées, ce dynamisme des planches associé au dynamisme du trait, les Autobiography of me too sont des albums qui vous sautent littéralement à la figure et accrochent le regard. Un régal !

 albtheautobiographyofmetoo305062008201417.jpg

Débutée dans le My Way de Chester, cette série fut diffusée dans les pages du Psikopat. En noir et blanc, les 3 premiers volumes sont édités chez les Requins Marteaux (dans la belle collection Centripete)… Le quatrième (Autobiography of a Mitroll), tout en couleurs, est sorti dans la collection Poisson Pilote de Dargaud. De même que son Football Football, une compilation des strips qu’il dessina pour le journal Sofoot (entre 2006 et 2007) comprennant également un compte rendu dessiné de la coupe du monde 2006. C’est super marrant et toujours super con (genre Steve Marlet est-il le fils de Bob Marlet ?), même si on est pas super fan du ballon rond (et oui, il y en a !). « 

9782205060300fs.gif

 

 


1234

culturac |
Coli'Anne |
Parcours d'artistes de la V... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | graphes du 91
| caloucalou
| theo972