balade dessinée

Pourquoi j’ai tué Pierre
14 juillet, 2009, 23:10
Classé dans : critiques

POURQUOI J’AI TUE PIERRE – Alfred & Ka (2006 chez Delcourt)

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 » Pourquoi j’ai tué Pierre  », au même titre que  »L’ascension du haut mal  » de David.B  et les  » pilules bleues  » de Frederic Peeters, est un récit qui touche aux failles de l’existence, en l’occurrence le traumatisme d’un acte pédophile sur le scénariste, à l’âge de 12 ans qui décide, après un long cheminement – qui est l’objet de ce livre – d’exorciser ses démons et faire son deuil. Pour cela, il lui faut  » tuer Pierre  » comme on tue le père : pour se libérer, parce qu’il n’a plus le choix. Il lui faut donc raconter.

Or, comment raconter  » ça  » ? Comment rester pudique ? Comment rester juste ? A ces doutes Alfred et Olivier Ka répondent de la plus belle manière, en signant une œuvre très originale et profondément humaine. Comme souvent, c’est la combinaison jubilatoire d’un dessin touchant et créatif – avec de jolies couleurs de Henri Meunier – et d’un scénario sensible et inventif, qui contribuent à faire de cette œuvre une BD majeure, du genre dont on se souvient longtemps après la lecture.

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Le dessin, d’abord, qui utilise maints procédés en fonction des situations vécues, de leur intensité dramatique. Le récit est joliment mis en image par un trait qui épouse la vision de l’enfance, un peu simpliste, jamais simplet. L’usage de photos, travaillées ou non, en fin de récit, contribue à accentuer l’effet de réel et fait émerger une vérité plus crue, moins distanciée.

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Le scénario – merveille de construction, entre introspection, récit dialogué, silence – se décline en trois temps : L’avant , celui de la découverte du corps – du sien, de l’autre – de la culpabilité, du bien être, de la nature, des amis, des questions : l’enfance quoi, entre sombre nuage et légèreté. Puis  » l’évènement  », au cœur du récit, un moment raconté de manière extrêmement sensible ,un sommet dramatique, puis l’après : le rejeu de la mémoire que l’on avait tapie dans l’ombre, le besoin d’en parler, le malaise de vivre avec ça, jusqu’à la chute, bouleversante.

Pourquoi j’ai tué Pierre a reçu le prix du public à Angoulème en 2007 : Il est mille fois mérité ! Ce beau livre fait désormais parti de ma bibliothèque et j’en suis pas peu fier !

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La jonque fantôme vue de l’orchestre de JC Forest
5 juillet, 2009, 13:45
Classé dans : critiques

LA JONQUE FANTÔME VUE DE L’ORCHESTRE – Jean-Claude Forest (Casterman, première édition 1981)

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Qu’est ce qu’un chef d’oeuvre ?  » Œuvre capitale, parfaite en son genre  » ( dictionnaire hachette .. ) On pourrait ajouter : Exemple :  » La jonque fantôme vue de l’orchestre  » de J.C Forest. Personellement , elle est la première bd qui m’ait fait découvrir la puissance évocatrice de la narration dessinée. C’est ma Madeleine de Proust : j’y reviens toujours, à un moment ou à un autre.

Forest est partie trop tôt, en 1998. Quand j’ai appris sa mort j’ai éprouvé une réelle tristesse La jonque fait partie de sa dernière phase créative, la plus féconde à mon sens. Barbarella , publiée en 1962 fut un événement par la liberté narrative et sociologique ( la place nouvelle de la femme ) dont il témoignait. La Bande dessinée entrait dans l’âge adulte … ça fait longtemps que je ne l’ai pas relu mais il me semble qu’elle est – malgré ses qualités , et parce qu’elle s’inscrit dans une époque – un peu datée. Ses derniers albums – Enfants, c’est l’hydragon qui passe ou Ici même dessiné par Tardi et la jonque – sont sans doute des œuvres plus universelles parce que hors du temps, bercées d’une poésie et d’un onirisme assez rares.

Le titre lui-même, mystérieux, intrigant, ouvert, est une invitation à s’égarer dans un récit très original :  » Au début du XXe siècle, le jeune soldat déserteur Gaston Gamine échappe de peu à la noyade et se retrouve sur les rives serbo-croates (en Saravonie Argovine, entendez la Yougoslavie). Il rencontre presque aussitôt Winnic Radbod, un vendeur de « fenêtres hygiéniques », de celles qui donnent sur des univers parallèles. Il les vend, là, en pleine guerre, à ceux qui veulent encore rêver. Et Gaston est de ceux-là. Il devient l’apprenti du commerçant et finit par basculer de l’autre côté du miroir dans un ailleurs où l’attend une femme étrange. » ( sources : cndp.fr )

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Dans un style parfois très expressionniste, rappelant certaines gravures anciennes des beaux livres d’antan Forest donne vie à ce récit en laissant libre court à l’imaginaire le plus débridé. Grand dessinateur il use d’une plume nerveuse et dynamique , mariant noir et blanc à la perfection, jouant assez peu sur les aplats et lui préférant des compositions hachurées qui participent au dynamisme du récit. Forest est alors au sommet de son art et il y a de la jubilation dans son trait.

Ce plaisir ne serait rien s’il n’était servi par un texte inventif qui témoigne d’un sensibilité profonde. Littéraire mais sans redondance, Forest aime écrire et cela se sent. Il y a parfois du Céline dans la gouaille de Gaston Gamine. Le texte est dense et la collection  » roman A suivre  » dans lequel il fut publié se justifie totalement.

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Osez enjamber la fenêtre : passez de l’autre coté. C’est ce à quoi vous invite ce mariage heureux du plaisir d’écrire et de dessiner. Un quoi déjà ? Ah oui : un chef d’œuvre !

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